Bel article de Mr Denis Maillard du cabinet Technologia :

Lors de son discours de présentation du plan d’actions contre le suicide, prononcé le 7 février dernier, Nora Berra, Secrétaire d’État chargée de la Santé, a réussi à ne jamais employer les mots crise, précarité ou chômage. Comme si l’acte suicidaire pouvait être sortie d’un contexte ». Prononcée par Michel Debout, cette phrase donne le ton du colloque sur la prévention du suicide en période de crise, co-organisé samedi 11 février par le cabinet Technologia et l’association France Prévention Suicide, que préside le Professeur Debout. Méthode statistique à l’appui, celui-ci soutient en effet que l’augmentation du chômage s’est traduite depuis fin 2008 par au moins 750 suicides et 10 780 tentatives de suicides.

Reconnaître la complexité

« On compte tout sauf l’essentiel », déclare Thierry Lepaon, président du groupe CGT au Conseil économique, social et environnemental. Celui qui a passé 22 ans chez Moulinex affirme que les suicides des ex-salariés ont au moins été multipliés par 14 après la fermeture en septembre 2001. Les nombreux intervenants qui se sont succédés au fil de la journée du 11 février n’ont pourtant pas manqué de souligner l’urgence de mettre en place des outils d’observation. « En acceptant le principe d’un observatoire, le ministère reconnaîtrait la complexité du fait suicidaires. Seul un observatoire, à l’instar de celui en place sur les drogues et les toxicomanies dont le statut est celui d’un groupement d’intérêt public et avec lequel pourraient se nouer des coopérations, permettrait de répondre au véritable enjeu de santé publique que représente le suicide », souligne Michel Debout, qui plaide depuis 1993 pour la création de ce dispositif transversal.

Parvenir au consensus sur une mesure

À l’origine, le 23 mai 2011 dans Libération, ils étaient 44 signataires d’un « appel pour la création d’un observatoire des suicides et des crises suicidaires » lancé par Michel Debout et le cabinet Technologia. Ils sont aujourd’hui plus de 112, d’horizons de plus en plus variés. Des personnalités bien sûr, mais aussi des associations familiales, des fondations, même la Grande Loge Féminine de France et le Grand Orient de France. Récemment, des syndicats ont également rejoint les signataires. « Il est de notre responsabilité de nous engager pour améliorer la prévention même si un observatoire peut diluer les responsabilités », souligne Marie-Alice Medeuf-Andrieu, secrétaire confédérale de Force Ouvrière. Même soutien de la CFE-CGC, dont Bernard Salengro (secrétaire national) affirme « qu’une mesure est nécessaire et que pour en arriver à un consensus, il faut trouver un espace pour échanger ».

Le désert du chiffre

Les responsables associatifs s’engagent aussi. « C’est actuellement un désert quasi complet en termes de lieu d’écoute. J’ai parfois l’impression que les dispositifs procèdent d’une volonté de mettre en place un tri sélectif pour évacuer les suicidants, comme si c’était sale », lance Philippe Vaur, psychiatre et administrateur de l’Union nationale des associations familiales (UNAF). De concert, les intervenants se sont employés à souligner la cruelle absence de chiffres, à l’instar de Jean-Louis Bosc, vice-président de l’Union nationale pour l’insertion sociale du déficient auditif qui affirme ne disposer d’aucune données sur le suicide des personnes handicapées. Rien non plus du côté des hôpitaux, affirme Denis Garnier, membre du Conseil supérieur de la fonction publique hospitalière. Pas plus du côté de l’Éducation nationale. « Le ministère ne tient pas à parler du suicide des enseignants », souligne le philosophe François Athané. L’axe V du plan d’actions contre les suicide 2011-2014 prévoit pourtant bien d’améliorer la qualité des données et leur suivi mais sans plus de précisions sur la volonté d’affiner des statistiques en temps réel…

Au-delà des chiffres, prévenir

« Il y aura après la crise des bouffées de décompensation avec d’éventuels conflits éthiques chez des managers qui auront mis la pression sur des salariés », annonce le docteur Marie-Christine Soula. Pourtant, les contextes potentiellement pathogènes pourraient s’améliorer à la faveur, par exemple, d’une évolution des modes de gestion des dirigeants. Pour Jean-Claude Delgenes, directeur général de Technologia, « cela passe par une sélection d’élites qui auraient fait leur preuve dans les rouages intermédiaires de l’entreprise avant d’accéder aux postes de directions. Ils connaîtraient alors les métiers ».

Un enjeu sociétal

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