L’Institut de veille sanitaire (InVS) est régulièrement sollicité pour contribuer à l’exploration des syndromes collectifs d’origine non expliquée. Il est apparu qu’un nombre non négligeable de ces phénomènes ne trouvait pas d’explication fondée sur un mécanisme simple d’interaction entre l’environnement physicochimique et les processus biologiques. Ce type de syndromes collectifs non spécifiques est théoriquement rapidement résolutif, mais il peut parfois prendre une ampleur inattendue en raison notamment du contexte psychologique et social dans lequel il survient. C’est ainsi que, par exemple, entre décembre et janvier 2006 dans un lycée de l’Aisne, on a pu recenser jusqu’à 153 cas d’irritations cutanées, impliquant la fermeture du lycée. Les enquêtes épidémiologiques et les analyses d’air traditionnellement menées dans ce type de situation ne permettent pas toujours d’identifier une cause qui puisse expliquer à elle seule la survenue et la dissémination des symptômes. Conscients de la nécessité de capitaliser les expériences locales de ces crises afin de dégager des lignes directrices d’évaluation et de gestion, l’InVS et la Direction générale de la santé (DGS) ont mis en place en 2008 trois groupes de travail. Le premier, piloté par la DGS, a permis l’élaboration d’un guide pour la prise en charge des situations relatives à la qualité de l’air intérieur, sans signalement sanitaire. Les deux autres, pilotés par l’InVS, se sont intéressés de manière complémentaire à ces signalements sanitaires collectifs, en ajoutant les aspects psychosociaux à une prise en charge classique, élargissant ainsi le regard pluridisciplinaire. Ce sont ces éléments qui sont rassemblés dans ce guide, proposant une méthode où évaluation et gestion sont très intriquées.

L’appellation « syndrome collectif inexpliqué » sert à définir l’ensemble des épidémies de symptômes non spécifiques, essentiellement de type neurologique (malaises, céphalées), dermatologique (prurit, boutons), oto-rhino-laryngien (irritations, inflammations) ou digestif (douleurs abdominales, nausées), survenant en collectivité et dont l’origine n’est pas établie, les causes infectieuses et toxiques majeures ayant été écartées. Ces syndromes collectifs sont facilement générateurs de crise tant qu’ils demeurent inexpliqués ou qu’aucune explication sur leur cause ne fait consensus au sein de la collectivité dans laquelle ils surviennent. Ils mettent souvent en cause la qualité de l’air intérieur, comme dans le cas des syndromes du bâtiment malsain et peuvent s’appuyer sur des peurs, des croyances, des non-dits. Les syndromes collectifs inexpliqués peuvent survenir dans un contexte social tendu (conflit entre salariés et direction, incertitudes sur l’avenir, déménagement, réorganisation…). Les manifestations somatiques qu’ils génèrent, non spécifiques et souvent bénignes, peuvent toutefois être mal vécues et générer de l’anxiété, facilement alimentée par l’incertitude qui entoure les causes. Les mesures de gestion prises doivent veiller à ne pas alimenter ce climat d’insécurité. La littérature scientifique fait état d’une étiologie multifactorielle mais le regard multidisciplinaire sur ces questions, assez récent, ne fait pas encore l’objet de publications scientifiques.

Le syndrome du bâtiment malsain est-il un syndrome collectif inexpliqué ?

Le terme de « syndrome des bâtiments malsains » a été introduit dans les années 1970 et validé par l’Organisation mondiale de la santé en 1983 pour décrire un excès de symptômes fonctionnels dépassant le « bruit de fond » attendu chez une partie des occupants de bâtiments non industriels confinés. Il s’applique à des phénomènes chroniques. Cette appellation regroupe donc les syndromes collectifs pour lesquels une origine environnementale est suspectée, potentiellement liée au bâtiment où les épidémies se produisent. Ces facteurs sont divers tels que des travaux récents, une ventilation inadaptée des locaux ou des produits potentiellement contenus dans l’air intérieur. Cette appellation ne signifie pas, toutefois, que ces facteurs suffisent à eux seuls à expliquer l’existence des symptômes.

Dans quelles collectivités ces syndromes collectifs inexpliqués surviennent-ils ?

Les collectivités concernées sont : les collectivités d’enfants : crèches, écoles, collèges, lycées, – maisons familiales, colonies de vacances ; les milieux professionnels ; – les hôpitaux, les établissements d’hébergement pour personnes – âgées dépendantes, les prisons. Les milieux « ouverts » (gymnases, quartiers…) ont été exclus du périmètre du guide.

Comment et par qui ce guide a-t-il été conçu ?

Ce guide est issu d’un travail collectif pluridisciplinaire rassemblant des scientifiques issus des sciences humaines et sociales (sociologue, psychosociologue, anthropologue, psychanalyste), des épidémiologistes, des évaluateurs de risques, des toxicologues, des métrologistes, des spécialistes de santé et environnement, des médecins, des spécialistes de la communication et des représentants des administrations centrales et déconcentrées des ministères chargés de la Santé, du Travail, de l’Écologie et de l’Éducation nationale.

À qui ce guide est-il destiné ?

Les personnes amenées à mettre en oeuvre le contenu de ce guide sont les personnels des : Cellules de l’InVS en région ; – Agences régionales de santé ; – laboratoires d’expertise environnementale ; – services déconcentrés des ministères chargés du Travail, de – l’Écologie et de l’Éducation nationale ; services communaux d’hygiène et de santé ; – Centres antipoisons et de toxicovigilance.
Les éléments rassemblés dans ce guide visent à apporter une aide à l’investigation et à la gestion de ces épisodes. L’objectif principal poursuivi est de permettre de poser un diagnostic positif des syndromes collectifs inexpliqués en envisageant tous les facteurs associés à leur apparition : facteurs environnementaux ; – facteurs de risques individuels ; – facteurs sociaux ; – facteurs psychologiques. -Les objectifs opérationnels qui en découlent sont les suivants : favoriser la coordination des intervenants et ainsi maximiser – l’efficience de l’action des multiples acteurs impliqués. Le guide propose une liste des partenaires susceptibles d’intervenir en cas de survenue d’un syndrome d’origine inexpliquée ; rationaliser le recours à la métrologie ; – réaliser une communication appropriée vers la population – concernée ; partager une culture commune entre les experts. -Les grands principes qui doivent guider l’action des experts sont : l’écoute des personnes concernées ; – une prise en charge médicale précoce ; – une approche pluridisciplinaire ; – la concertation dans l’action ; – la mise en oeuvre d’investigations raisonnées. -Dédramatiser (sans minimiser les faits), rassurer (sans nier), trouver du sens, expliquer sont souvent la clé d’une intervention adaptée.

Quelle est la démarche à suivre ?

La démarche de prise en charge des syndromes collectifs inexpliqués préconisée consiste à permettre de dégager des hypothèses explicatives suffisantes pour gérer l’épisode au travers d’une écoute et d’une analyse de la situation, mettant en jeu des investigations a minima. Pour accompagner l’investigateur, le guide propose, en plus de l’analyse de la situation, une aide à la gestion.
L’analyse de la situation est décrite au travers de quatre fiches indépendantes les unes des autres. Elles abordent les différents aspects de la prise en charge de ces phénomènes : la réception du signalement. Cette analyse du signal est également – l’occasion d’exclure toutes autres causes (toxique, infectieuse ou parasitaire) qui pourraient expliquer le syndrome ; la constitution d’une cellule de coordination interdisciplinaire – constituée de décideurs, de gestionnaires et d’évaluateurs ; l’analyse interdisciplinaire de la situation consiste en une – description de la situation sous le regard croisé et concomitant de plusieurs disciplines. Elle combine des investigations cliniques, épidémiologiques, psychosociales et environnementales. Le guide propose des modèles de questionnaires et des listes de questions à poser ou à se poser pour mener à bien ces investigations ; la formulation d’hypothèses explicatives.

L’aide à la gestion d’un épisode est décrite au travers de quatre fiches : fermer le bâtiment ? Cette décision doit être étudiée au cas – par cas. Les décisions éventuelles de fermetures de bâtiments devront être clairement argumentées auprès du public concerné. Elles devront également être assorties de critères permettant leur réouverture ; proposer une prise en charge médicale. Il importe de permettre – aux personnes se plaignant de symptômes de rencontrer un médecin, non seulement afin de disposer d’un diagnostic collectif, qui permettra une gestion du problème, mais également au titre d’une prise en charge individuelle ; proposer une prise en charge psychosociale. En fonction des – principaux facteurs identifiés ayant concouru à l’apparition des symptômes, il est possible de proposer une action sur les facteurs sociologiques (impliquant le collectif) ou sur les facteurs psychologiques (impliquant les individus) ; communiquer. Le volet « communication » doit idéalement – accompagner chaque étape du processus. La démarche proposée est inspirée de la méthode anglophone du message mapping visant à préparer à froid la communication pour les situations potentiellement à risque de déboucher sur une crise. Selon les situations, il existe deux temps privilégiés pour la mise en place de mesures de gestion : une gestion immédiate, dès la constitution de la cellule de – coordination, comme les décisions de fermeture de bâtiment ou la mise en place d’une prise en charge médicale ; une gestion plus adaptée à chaque situation, après une évaluation – interdisciplinaire et la formulation d’hypothèses explicatives.

Quelles sont les limites de ce guide ?

Dans les situations où se dégagent des hypothèses étiologiques explicatives fortes à l’issue de l’analyse de la situation, la mise en oeuvre d’analyses plus poussées permettant de les tester n’est pas développée dans ce guide. Les intervenants devront s’appuyer pour cela sur les méthodes des disciplines concernées en fonction des hypothèses formulées. Par ailleurs, s’il est fait l’hypothèse d’un problème de qualité de l’air intérieur des locaux, les investigations complémentaires à mettre en oeuvre s’appuieront alors sur les recommandations du « Guide de gestion de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public » élaboré par la DGS et issu d’un travail complémentaire.

Ce guide est-il amené à évoluer ?

Ce guide a vocation à continuer à évoluer au fil de son utilisation. Les retours d’expérience des utilisateurs permettront d’enrichir les connaissances sur ces phénomènes et la qualité de leur prise en charge. À cet effet, un questionnaire destiné aux utilisateurs est proposé en fin de guide. L’InVS envisage une nouvelle édition de ce guide se nourrissant de ces retours d’expérience, et enrichie de recommandations opérationnelles issues de l’avancée du groupe de travail, actuellement en cours, sur les aspects psychosociaux.

le guide complet

source INVS

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