Des conditions climatiques caniculaires exceptionnelles sont à l’origine d’accidents du travail (dont certains mortels). Ce dossier décrit les réactions de l’organisme lorsqu’il est confronté à des conditions climatiques de fortes chaleurs. Il propose une aide à l’évaluation des risques liés à une chaleur caniculaire en milieu professionnel. Plusieurs pistes pratiques de prévention (organisation du travail, hygiène de vie et mesures comportementales, aménagements, recommandations techniques) vous sont proposées.
Créé en juillet 2004, il traite uniquement des problèmes posés par la chaleur lors de périodes caniculaires. Il ne traite pas de la prévention des risques professionnels spécifiques aux activités exposant à des températures élevées telles que l’on peut les éprouver dans la sidérurgie, les mines ou les verreries… Il présente une approche pratique et accessible à tous, tout en rappelant les méthodes de référence largement utilisées par les spécialistes des ambiances thermiques.
L’exposition à la chaleur peut être à l’origine de troubles sérieux chez un individu. En effet, la température corporelle de l’homme doit demeurer constante (homéothermie), quel que soit son environnement thermique. Les mécanismes de régulation permettant ce maintien de la température peuvent être débordés, notamment en période caniculaire. Le risque pour la santé sera d’autant plus important que l’organisme n’y est pas préparé (acclimatement).
Sur le lieu de travail, une combinaison de facteurs individuels (âge, santé physique, état de fatigue, dépense physique inhérente à la tâche…) et collectifs (organisation de l’activité, conditions de travail…) joue alors un rôle prépondérant non seulement sur la santé, mais aussi sur l’altération des performances mentales et physiques des individus.
Lors des étés 2003 et 2006 notamment, plusieurs accidents du travail (certains ayant entraîné la mort) ont directement pu être imputés à la chaleur. Les activités physiques extérieures (du type travaux dans le BTP) ne sont pas les seules concernées.
Les vagues de chaleur sont généralement associées à une élévation de la mortalité dans la population. Il s’agit des personnes les plus sensibles à la chaleur, notamment les nourrissons, les personnes âgées, les personnes atteintes d’un handicap ou d’une maladie chronique, les sportifs…
Les travailleurs effectuant des tâches physiques pénibles sont également concernés.

En 2003, 15 décès probables par coup de chaleur ont pu être dénombrés en milieu professionnel, principalement dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (d’après les données recueillies auprès des Caisses régionales d’assurance maladie (CRAM), données ne concernant que le régime général de la Sécurité sociale). Ces données mettent en lumière les effets d’une activité physique intense par temps de canicule, y compris chez les personnes jeunes.

Lors de la courte vague de chaleur observée en 2005, aucun décès professionnel n’a été rapporté. En 2006, la France traverse à nouveau une période de canicule et l’on déplore à ce jour plusieurs décès par coup de chaleur (dont deux ouvriers sur des chantiers, un couvreur et un chauffeur-livreur).
Adaptation à la chaleur et effets sur l’homme

Mécanismes de régulation
Afin de maintenir sa température corporelle à 37 °C, l’organisme fait appel à des mécanismes de thermorégulation (physiologiques), ainsi qu’à des mécanismes comportementaux. L’acclimatement et des facteurs individuels peuvent également influencer la thermorégulation.

Mécanisme physiologique
Dans un environnement neutre, la température interne de l’organisme est maintenue à 37 °C.
Lors de variations environnementales, un « thermostat biologique », localisé au niveau cérébral (centre thermorégulateur hypothalamique), équilibre l’excès de production de chaleur due à l’activité des muscles et du foie, et de la perte de chaleur par la peau et les poumons. Cette régulation thermique est assurée notamment par le débit sanguin cutané (dilatation des vaisseaux cutanés) et par la transpiration.
Ces mécanismes d’adaptation ont toutefois des limites. Ainsi, lors d’une activité physique intense, il peut arriver que la dilatation des vaisseaux cutanés (vasodilatation) ne puisse plus augmenter sans provoquer une chute de la tension artérielle. Dans ce cas, la régulation de cette dernière devient prioritaire par rapport à la régulation de la température.

Mécanismes comportementaux
Pour améliorer sa tolérance à la chaleur, l’homme peut avoir recours à différentes attitudes comportementales :
Se lever plus tôt, changer ses horaires de travail…
Boire plus et alléger ses repas.
Porter des vêtements plus légers, des vêtements de protection, des vêtements moins absorbants vis-à-vis des rayonnements thermiques…
Se mettre ou travailler à l’ombre, se protéger par des écrans (stores, parasols…).
Limiter sa dépense énergétique (temps de repos, réduction du travail aux heures les plus chaudes, ralentissement de son activité…).
Ces réactions comportementales sont illustrées par les particularités des modes de vie dans les pays chauds (architecture, horaires d’activité, régimes alimentaires, coupe et couleurs des vêtements).

Facteurs influençant la thermorégulation
Si les réactions physiologiques des personnes travaillant à la chaleur sont semblables, leur intensité varie selon les individus. Les variations inter-individuelles sont importantes et principalement influencées par l’acclimatement, l’entraînement physique, l’âge, le sexe, le poids, le régime alimentaire et la prise de médicaments.

Acclimatement
Sous l’effet d’expositions répétées ou prolongées, l’homme acquiert une meilleure tolérance à la chaleur.
Cet acclimatement est généralement obtenu en 8 à 12 jours. Toutefois, il n’est que transitoire puisqu’il s’atténue puis disparaît totalement 8 jours après l’arrêt de l’exposition.
Une période de vacances dans un environnement différent supprime en général complètement les adaptations liées à l’acclimatement.
Un sujet acclimaté présente :
une meilleure efficacité de la transpiration (déclenchement plus précoce, sudation plus abondante…),
une réduction du risque de déshydratation,
un coût cardio-vasculaire moins élevé.

Entraînement et condition physique
L’entraînement améliore la performance à l’effort du système cardio-vasculaire. Le sujet entraîné dispose donc d’une « réserve » cardio-vasculaire plus importante que le sujet non entraîné lorsqu’il est exposé à la chaleur.

Age
La tolérance à la chaleur diminue avec l’âge. Ceci explique les conséquences de l’exposition à la chaleur des personnes âgées, pouvant être parfois graves, voire fatales.

Genre
Les femmes semblent moins bien supporter les fortes chaleurs que les hommes, mais cette différence disparaît lors de l’acclimatement. La grossesse réduit aussi la résistance à la chaleur.

Masse corporelle
L’obésité ou la maigreur excessive réduisent la tolérance à la chaleur.

Régime alimentaire et prise de médicaments
La consommation d’alcool, la prise de certains médicaments (neuroleptiques, barbituriques…) peuvent réduire la tolérance à la chaleur. Le régime sans sel, les diurétiques peuvent aggraver certains effets tels que la déshydratation.

Effets de la chaleur sur la performance et la productivité
Des altérations fonctionnelles physiologiques simples sont facilement mises en évidence (modifications de la préhension par des mains moites par exemple), mais les effets psychologiques sont également présents. De nombreuses études, dont les résultats sont parfois contradictoires, ont mis en évidence l’augmentation du temps de réponse ainsi que celle des erreurs ou omissions lors de l’exposition à la chaleur.
Les critères de précision d’une tâche sont toujours détériorés par les ambiances chaudes.
Les réactions à la chaleur concernant la performance et la productivité sont également fonction de la tâche et de son intérêt. Des altérations de la sécurité et de la productivité sont observées lors d’un travail physique intense.

Risques pour la santé

Risques d’une exposition prolongée à la chaleur
L’exposition à la chaleur peut conduire à des pathologies du fait soit de la mise en jeu des mécanismes de thermorégulation soit du dépassement de leurs capacités.
Une transpiration abondante et prolongée peut provoquer une perte de sels minéraux (déficit ionique), une déshydratation ou un épuisement thermique.

Le déficit ionique est responsable de crampes de chaleur.

La déshydratation est liée à la transpiration. La production horaire de sueur peut atteindre 0,75 litres par heure (l/h) chez un sujet non acclimaté, et 1,2 l/h chez un sujet acclimaté à la chaleur ou physiquement très entraîné. Lorsque ces pertes hydriques ne sont pas compensées par un apport en eau équivalent, un état de déshydratation apparaît. L’accident de déshydratation peut survenir à partir du moment ou la perte totale atteint 5 % du volume d’eau total de l’organisme.

L’épuisement thermique correspond à un début de coup de chaleur. La vasodilatation cutanée peut provoquer des altérations dont l’une des manifestations extrêmes est la syncope de chaleur. Celle-ci survient généralement après une longue période d’immobilité dans une ambiance chaude. Elle peut également être observée lors de l’arrêt d’un travail physique dur et prolongé en ambiance chaude. Elle se traduit par une perte de connaissance soudaine et brève, conséquence de la mise en jeu excessive de la dilatation des vaisseaux cutanés avec chute de la tension artérielle et réduction de l’irrigation sanguine du cerveau.

Les effets liés à la décompensation de la thermorégulation sont également importants, en particulier le coup de chaleur. Il est rare mais son pronostic est très grave. Il est la conséquence de l’arrêt de la sudation qui peut survenir lors de toute exposition à une contrainte thermique sévère ou chez le travailleur portant des vêtements imperméables à la vapeur d’eau.
Coup de chaleur
Le coup de chaleur est une urgence vitale.
Il correspond à une élévation de la température du corps au delà de 40,6 °C. Le coup de chaleur est mortel dans 15 à 25 % des cas. Il doit être pris en charge et soigné rapidement pour qu’il n’entraîne pas de séquelles.
Signes d’alerte et principaux symptômes
Les signes d’alerte sont les plus importants à connaître et doivent éveiller l’attention afin de pouvoir réagir précocement :
signes généraux : céphalée, étourdissements, atonie ou fatigue ;
signes cutanés : peau sèche et chaude ;
signes neuro-sensoriels : désorientation, agitation ou confusion, hallucinations, perte de conscience.
Au stade d’apparition des premiers symptômes, il s’agit d’une urgence vitale. La personne souffre d’une hyperthermie et de perte de conscience. Elle est sujette à des vomissements, des nausées, au délire, voire à des convulsions. Sa peau est chaude et sèche (elle ne transpire pas). Ses pupilles sont dilatées.
La probabilité de survie et de guérison sans séquelle dépend de la précocité du traitement qui consiste à refroidir la personne le plus rapidement possible.
Mesures prévues par la réglementation française

Aucune indication de température n’est donnée dans le Code du travail. Cependant, certaines de ses dispositions consacrées à l’aménagement et à l’aération des locaux, aux ambiances particulières de travail et à la distribution de boissons répondent au souci d’assurer des conditions de travail satisfaisantes.

L’employeur prend , en application de l’article L. 4121-1 du Code du travail les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs, en y intégrant les conditions de température.
Il est en effet tenu de renouveler l’air des locaux de travail en évitant les élévations exagérées de températures (article R. 4222-1) et d’aménager les locaux de travail extérieurs de manière à assurer, dans la mesure du possible, la protection des travailleurs contre les conditions atmosphériques (article R. 4225-1). Dans les locaux à pollution non spécifique, c’est-à-dire ne faisant pas l’objet d’une réglementation spécifique, le renouvellement de l’air doit avoir lieu soit par ventilation mécanique soit par ventilation naturelle permanente.
Il met à disposition des salariés de l’eau potable et fraîche pour la boisson (article R. 4225-2).
Par ailleurs, les dispositions prises pour assurer la protection des salariés contre les intempéries nécessitent l’avis du médecin du travail et du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), ou à défaut des délégués du personnel (article R. 4223-15).

Le médecin du travail est le conseiller de l’employeur, des salariés, des représentants du personnel, des services sociaux, en ce qui concerne notamment :
l’amélioration des conditions de vie et de travail dans l’entreprise ;
l’adaptation des postes, des techniques et des rythmes de travail à la physiologie humaine ;
la protection des salariés contre l’ensemble des nuisances, et notamment contre les risques d’accidents du travail ;
l’hygiène générale de l’établissement ;
la prévention et l’éducation sanitaires dans le cadre de l’établissement en rapport avec l’activité professionnelle (article R. 4263-1).
Le médecin du travail est habilité à proposer des mesures individuelles telles que mutations ou transformations de postes, justifiées par des considérations relatives notamment à l’âge, à la résistance physique ou à l’état de santé physique et mentale des travailleurs (article L. 4264-1).
L’employeur est tenu de prendre en considération ces propositions et, en cas de refus, de faire connaître les motifs qui s’opposent à ce qu’il y soit donné suite.

Depuis le 1er janvier 1993, le maître d’ouvrage se conforme à certaines règles relatives à l’aménagement des locaux de travail. Ainsi, « les équipements et caractéristiques des locaux de travail sont conçus de manière à permettre l’adaptation de la température à l’organisme humain pendant le temps de travail, compte tenu des méthodes de travail et des contraintes physiques supportées par les travailleurs » ; sachant que ces dispositions « ne font pas obstacle à celles des articles L. 111-9 et L. 111-10 du code de la construction et de l’habitation relatives aux caractéristiques thermiques des bâtiments autres que d’habitation » (articles R. 4213-7 à R. 4213-9 du Code du travail).

Sur les chantiers du BTP, les employeurs sont tenus de mettre à la disposition des travailleurs 3 litres d’eau, au moins par jour et par travailleur (article R. 4534-143 du Code du travail).
Dans ce même secteur du BTP, l’entrepreneur peut, sous certaines conditions strictes, décider d’arrêter le travail pour « intempéries » (article L. 5424-9 du Code du travail). Non sans inconvénients pour les salariés, cette possibilité aurait été mise en œuvre par certaines entreprises pendant des périodes de canicule.

S’agissant de l’exercice du droit de retrait des salariés (article L. 4131-1), il est rappelé que celui-ci s’applique strictement aux situations de danger grave et imminent. Il est soumis à l’appréciation des tribunaux. Dans les situations de travail à la chaleur, une évaluation des risques et la mise en place de mesures de prévention appropriées permet de limiter les situations de danger.

Source INRS
étude complète

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