L’article 49 de la Constitution chinoise la proclame obligatoire au travail. Au Japon, les patrons voient en elle un remède au karoshi, la mort par surmenage, qui frappe chaque année 10 000 forcenés du travail. Et aux Etats-Unis son art, le napping, est le dada des docteurs en management.

Quoi donc?

La sieste.

Du latin sexta – comprenez la sixième heure du jour – ce repos quotidien à administrer à votre corps toutes les demi-douzaines d’heures. Entre dix et quinze minutes de pause, le temps de recharger ses batteries.
Et la France, dans tout cela? Ne voyant dans la sieste que de l’oisiveté, elle culpabilise. Trop honteuse, en plein passage aux 35 heures, de rogner sur un temps déjà compté. Depuis peu, pourtant, sous la pression de cadres surmenés, la sieste pointe son nez dans les entreprises. Consultant en stratégie, Xavier, le déjeuner passé, tourne rapidement la clef de son armoire pour en sortir un matelas de mousse. Tout comme Henri, centralien et directeur d’usine, qui avoue, sous couvert d’anonymat, délaisser, quand le soleil est à son zénith, ses collègues et leurs cafés trop serrés pour un petit somme sur son fauteuil.

A Lyon, l’argument convainc même les cadres au chômage, qui suivent des «stages de sommeil», dirigés par une chercheuse de l’Inserm, avec initiation à la relaxation. A la clef, des gains de productivité évidents – selon les experts, vingt minutes de sieste permettent de travailler efficacement deux heures supplémentaires – une meilleure santé – elle fait baisser le risque d’accident cardio-vasculaire – et surtout la fin d’une hypocrisie – deux cadres sur dix somnolent régulièrement au travail, avance la Fondation américaine du sommeil.
Ne rêvons pas, le droit à la sieste n’est pas encore inaliénable. «Mes patients se cachent pour dormir», se plaint le Pr Jean-Louis San Marco, médecin à l’hôpital de la Timone, à Marseille. Et les entreprises, quand elles possèdent une salle de repos, n’en font pas grande publicité. «Ne dites pas que nous passons notre journée à dormir», glisse-t-on chez Apple France, qui abrite plusieurs lits dans son centre de relaxation.
En attendant un espace adapté au sommeil de chacun – l’appel fut envoyé pour la première fois en 1992 par le polytechnicien Bruno Comby dans son Eloge de la sieste, un livre préfacé par Jacques Chirac – consolons-nous avec la position du cocher de fiacre, qu’autorise une simple chaise de bureau. Prêt? Posez vos fesses sur le rebord de votre chaise de travail, écartez vos jambes de 30°, glissez vos coudes sur vos genoux et laissez-vous aller: le dos rond, la tête à l’abandon et les mains se rejoignant pour faire tenir le tout. Chut, on vous réveille dans un quart d’heure!

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