Le rapport HIRES sur l’effet sanitaire des restructurations est enfin pris au sérieux.

Il aura fallu qu’une vague de suicides chez France Telecom pointe le malaise des salariés face aux réorganisations de tout ordre.

En 1999, une médecin du travail de la région grenobloise, employée par France Telecom, avait déjà soulevé devant moi nombre de troubles de santé occasionnés par les – déjà – nombreuses réorganisations de l’opérateur. À l’époque, elle se heurtait à l’indifférence de tous, y compris de la plupart de ses collègues. Il y a 18 mois, un syndicaliste CGC, co-fondateur du bulletin « Orange stressée » détaillait devant un panel d’experts européens la diversité des souffrances des salariés du même opérateur et expliquait le déni incompréhensible que lui opposait le management de ladite entreprise. Au printemps 2009, avec ces mêmes experts, nous publiions et remettions à la Commission européenne un rapport complet (HIRES) sur les effets des restructurations d’entreprises en matière de santé des personnes.

« Les effets des restructurations d’entreprises sur la santé sont un domaine dans lequelpeu de mesures ont été prises et qui n’a guère suscité d’intérêt, tant au niveau de la recherche que du public. Le groupe d’experts HIRES (dont les travaux sont financéspar la DG Emploi dans le cadre du programme PROGRESS), a étudié de nombreux cas qui se sont présentés dans différents pays, en a débattu et les a exposés dans des projets européens connexes (pilotés par la DG Recherche, le Fonds social européen (ESF), la DG Emploi et la DG Santé et Protection des consommateurs) auxquels les membres de ce groupe ont participé ces dix dernières années. Sortant de son domaine d’expertise avérée, le groupe HIRES a également analysé les preuves empiriques qu’il a recueillies : celles de l’impact des restructurations d’entreprise sur la santé, comme celles attestant l’efficacité des mesures prises pour limiter leurs effets préjudiciables
sur la santé. Ajouté à cela, un groupe externe d’experts venus de différents pays et issus d’organismes ou entreprises variés, ont été invités en 2008 à faire des présentations lors d’une série d’ateliers, enrichissant ainsi la gamme des observations sur lesquelles le groupe pouvait s’appuyer.
Chaque entreprise exposée à la concurrence est l’objet d’une restructuration ; c’est donc un phénomène auquel sont confrontées toutes les sociétés européennes. Une restructuration implique un changement organisationnel beaucoup plus important que des changements courants. Elle affecte au minimum tout un secteur de l’organisation ou au plus l’ensemble de l’entreprise, et ne se limite pas à des modifications secondaires de l’activité. Les changements opérés peuvent se traduire par une fermeture, une réduction d’effectifs, l’externalisation, l’« offshoring », la soustraitance,
la fusion, la délocalisation de la production, la mobilité interne ou tout autre réorganisation interne complexe. Mis à part ses effets sur l’emploi et en raison de ces derniers, la restructuration a également un impact important sur la santé des salariés, des organisations et des communautés. Par ailleurs, la santé est un aspect fondamental qui a des répercussions sur l’emploi et la productivité au sein de l’entreprise. Préserver la santé est donc un souci essentiel pour tous ceux qui participent aux processus de restructuration, et c’est un aspect souvent négligé des changements  organisationnels auquel s’est intéressé le groupe d’experts HIRES .

Le groupe d’experts HIRES tente de répondre aux questions suivantes :

quelles sont les données dont on dispose, qui permettraient d’étudier de manière suivie les formes courantes de restructuration organisationnelles et leurs effets, au niveau national et européen ?

Existe-t-il une corrélation entre les effets de la restructuration sur la santé  des individus et sur les performances de l’entreprise ?

Quelles politiques européennes   permettraient d’encadrer les processus de restructuration afin d’en réduire au
maximum les effets négatifs sur la santé ?

Comment les différents responsables de ces  restructurations pourraient-ils coopérer au mieux pour préserver le bien-être au niveau de l’entreprise, celui des salariés et de la communauté ?

Quelles sont les méthodes de restructuration innovantes qui prennent le mieux en compte le problème de la santé ?
Selon les conclusions du groupe HIRES, le manque de connaissances spécifiques sur les effets de la restructuration sur la santé des salariés est véritablement problématique.
Il s’agit d’une lacune déjà signalée par des projets précédents de la DG Emploi, tels que le projet MIRE, Monitoring Innovative Restructuring in Europe (Étude des pratiques innovantes en matière de restructuration en Europe, 2005-07). En conséquence, le rapport HIRES fournit la liste de quelques sources de données de veille relatives à la restructuration, disponibles au niveau de certains pays comme au niveau européen. La qualité et la pertinence de ces systèmes de veille relative au problème de la santé dans le cadre des restructurations, ainsi que la population à
laquelle ces systèmes s’intéressent au sein de l’Union Européenne, sont limitées. Ce  rapport présente également de façon succincte les preuves scientifiques des effets de la restructuration sur la santé des individus et la performance de l’entreprise. »

le rapport complet ici

http://www.anact.fr/portal/pls/portal/docs/1/1836354.PDF

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