La question de la motivation se pose aujourd’hui de manière croissante dans l’entreprise. Il faut dire que les contextes ancestraux qui permettaient à une personne de trouver une raison stable pour s’impliquer dans son travail sont aujourd’hui en grande partie révolus.

Les comportements cyniques des entreprises en matière sociale ont fait tomber les illusions:

-la réduction du syndicalisme et le management par objectifs se sont forgés au prix d’un individualisme accru;

-le sens de l’œuvre et du service s’est noyé dans la violence du marché;

-la valeur s’est déplacée du travail sur l’argent-

-les cadres et les experts n’ont plus de scrupules à faire jouer la concurrence entre les entreprises et leur fidélisation est devenue dans certains cas un vrai casse-tête

-la mondialisation libérale a sonné le glas des scrupules moraux traditionnels.

Dans la logique économique implacable du « toujours plus avec toujours moins », être motivé semble pourtant constituer une qualité nécessaire pour « faire bien », « faire mieux », « faire encore mieux… que mieux ! ».

Mais jusqu’à quel niveau la rentabilité peut-elle être une valeur motivante ? Comment trouver encore des ressorts de motivation ? Ou, autrement dit : qu’est-ce qui peut pousser un individu à « donner » ? La motivation vient en effet poser la question du pourquoi de notre implication personnelle ou du pourquoi de notre agir professionnel, au delà des strictes considérations de nécessités matérielles.

« Gagner sa vie » n’est en effet pas seulement une question d’argent. Le travail porte de nombreuses valeurs humaines qui contribuent fortement à la motivation des professionnels. Ce qui se pose en fait derrière cette expression (devenue trop ordinaire) est la question de l’origine et de l’existence de ce « quelque chose », de cette tension, qui l’anime et pousse l’homme à l’action.

La seule rémunération ne saurait constituer un moteur efficace, lorsque l’on prétend « tirer parti de toutes les ressources humaines » ! Le bon comportement trouve toujours sa source dans la conscience aiguë qu’a une personne de pouvoir être « utile ». Cela dépasse les stricts termes contractuels. Il faut y penser lorsque nous inaugurons une collaboration .

Mais c’est « quelqu’un » que nous recrutons !

Pas seulement une ressource pour satisfaire les besoins en question !

Voilà une problématique originale, souvent négligée par les recruteurs : choisir « quelqu’un » pour répondre à « quelque chose » est un acte qui introduit toujours de l’entropie dans l’entreprise. C’est passer d’un besoin d’objet – réalité matérielle, fonctionnelle, opérationnelle – au désir d’un sujet personnel : on introduit là du vivant, de l’organique, de la valeur humaine .

Il s’immisce à ce point une intention qui dépasse largement le besoin froidement analysé. Ceci suppose évidemment de ne pas considérer les êtres humains comme des choses ou des consommables…

En effet, la satisfaction des salariés, qui a été bien reconnue comme une des sources de leur efficacité, n’est pas seulement liée à leur rémunération et à la qualité de leurs conditions de travail, mais aussi à la manière dont ils ressentent leur travail et au climat de l’entreprise : bienveillance, indifférence ou hostilité entre les divers niveaux hiérarchiques, clarté de l’information ( PRIMORDIAL en ces temps troublés !!), pressions exercées, poids de la discipline, etc. Tout dépend de la considération que chacun accorde à l’autre.

La loyauté ne s’achète pas toujours avec des salaires élevés ; elle ne se garantit pas toujours avec des menaces à peine voilées.

Le respect ne se prend pas , ne se vole pas ,il se donne et surtout il se gagne !

Ceux qui comme moi ,sont d’une « vielle génération  » qui a « fait l’armée « , le savent bien :on ne peut pas demander ces  hommes plus que l’on ne serait soit même prêt a faire !

Sinon la première balle ne viendra pas du front mais de vos ligne arrieres !

Dans un rapport contractuel, le salarié est justement rétribué pour ce que qu’il a « fait » : ce sont ses actions qui lui valent une rémunération. Cette rémunération a le statut d’une « récompense », c’est à dire quelque chose que l’on donne à quelqu’un pour ce qu’il a fait.

Un point c’est tout.

Et c’est légitime , cela fonde un rapport contractuel sans lequel il n’est point de droit – et de devoir – du travail. Le contrat de travail lie en effet un employeur et un salarié, le second acceptant de se placer comme subordonné du premier, dans un échange où l’argent pour l’un vient se substituer au travail fourni à l’autre.

La logique contractuelle fait entrer dans une logique de donnant-donnant matériel qui peut augmenter la « contribution » de quelqu’un, mais pas nécessairement sa « motivation ». Il y a une différence importante entre les deux : la première incite à faire plus pour avoir plus, individuellement ; la seconde incite à faire mieux pour être mieux, dans le développement d’un bien commun .

C’est pourquoi seule la motivation porte avec elle un ferment durable de créativité et d’innovations.

Il est à noter, bien sûr, que les relations entre l’entreprise et ses salariés ont considérablement évolué au cours de ces dernières années. L’individualisation et la structuration de rapports contractuels professionnels – et plus seulement juridiques – se sont généralisées, particulièrement pour les cadres, qui prennent de plus en plus en main leur propre gestion de carrière.

Mais un salarié a aussi besoin d’une véritable reconnaissance : non pour ce qu’il a « fait », mais tout simplement pour ce qu’il « est » ! Il est frappant de voir tant et tant de cadres très bien payés, tant et tant de commerciaux très bien récompensés… qui se plaignent amèrement d’un manque de reconnaissance !

voir mes derniers post :

https://stayzen.wordpress.com/2009/09/11/indicateur-du-moral-des-salaries/

https://stayzen.wordpress.com/2009/06/09/je-ne-veux-pas-daugmentation-je-veux-que-lon-naime/

Pour nombre de personnes, en fait, tout semble se passer comme si la facilité à satisfaire leurs besoins matériels mettait en relief, par contradiction, l’acuité d’un désir de relation et de reconnaissance humaine plus authentique, plus réelle. D’où l’explosion des réseaux sociaux et ce  désir d’être regardé(e)s pour eux-mêmes, et pas seulement pour le moyen instrumental et interchangeable qu’ils représentent.

Ils sont récompensés pour ce qu’ils ont fait, mais pas toujours reconnus  pour ce qu’ils sont.

La récompense se base sur un constat factuel à un moment donné du temps – de l’année, par exemple. La reconnaissance demande de prendre en compte la vie tout au long l’année, dans son déroulé objectif comme dans son épaisseur subjective ; c’est-à-dire que la reconnaissance vient marquer une qualité qui est reconnue à la personne elle-même, dans son implication et dans son développement !

Car c’est la reconnaissance de ce qu’ils sont qui active en chacun tout son potentiel d’investissement personnel, de créativité et d’innovation.

Relire ici :

https://stayzen.wordpress.com/2009/06/09/je-ne-veux-pas-daugmentation-je-veux-que-lon-naime/

Au delà des termes contractuels légitimes, c’est en prenant soin des hommes eux-mêmes que l’on peut obtenir et conserver une véritable motivation individuelle et collective. être nommé, appelable, appelé, reconnu comme l’égal de tout autre, même si ses responsabilités sont différentes, donne au sujet personnel le sentiment de son existence, de compter pour autrui, d’être quelqu’un pour l’autre, un interlocuteur valable. Le travail reprend alors un ressort qu’il est en passe de perdre : il peut faire « vivre » quelqu’un. Quelqu’un qui se sent dès lors appelé à donner de lui-même, justement parce que ça le fait vivre !

Sans doute la réalité des marchés renvoie-elle notre propos au rang d’une douce utopie. A moins qu’on ne regarde les choses dans la logique même du marché : la démotivation finit par avoir un coût énorme, même s’il n’est pas directement mesurable.

La fidélisation n’est pas d’abord un problème de surenchère financière :

elle est un problème de motivation MAIS SURTOUT de respect et reconnaissance de l’individu !

Il serait sérieusement  temps d’y songer !!!

Publicités