Le risque sectaire plane toujours sur la formation professionnelle

Les organismes présentant des dérives sectaires auraient triplé depuis 15 ans et la formation est parfois leur bâilleur de fonds. Les DRH mais aussi les formateurs indépendants doivent faire preuve de vigilance.

C’est en tout cas ce que continue d’affirmer la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, rattachée au Premier ministre, et qui a rendu son rapport annuel mardi dernier. Dans son collimateur, les formations affichant des dimensions « comportementales » importantes, visant à développer ses capacités mentales ou à se développer sur le plan personnel. « Au-delà de la stricte formation professionnelle, les dérives sectaires peuvent toucher des prestations comme le recrutement, l’accompagnement à la mobilité, le conseil en organisation », note Henri-Pierre Debord, conseiller à la Miviludes, spécialiste des questions de formation professionnelle. A chaque fois le même problème : à la différence d’une formation en anglais ou en bureautique, il est très difficile d’apprécier les actions proposées et menées par les formateurs. D’où cette vigilance accrue.

Les structures à risque ont triplé depuis 1995

« Autour des structures centrales gravitent des satellites qui peuvent avoir une vocation commerciale et proposer des formations »

Pour la Mission, les risques sectaires dans la société française se sont renforcés : quand une première commission d’enquête parlementaire s’était penchée sur la question des sectes en 1995, elle avait dressé une liste de 170 mouvements. Aujourd’hui, la Miviludes parle de 500 à 600 structures, sous forme de mouvements, de groupes ou de réseaux. « Autour de ces structures centrales gravitent des centaines de satellites qui peuvent avoir une vocation financière – gérer l’argent recueilli – ou commerciale, explique Henri-Pierre Debord. Cette partie commerciale est essentielle car les réseaux ne vivent pas uniquement de legs. Une partie d’entre elles vendent ainsi des prestations de services de formation. »

Les formateurs eux-mêmes ne sont pas à l’abri

Ce fonctionnement en réseau rend plus simple et plus souple la diffusion de concepts pouvant amener à des dérives sectaires. Il suffit de s’appuyer sur des indépendants qui utilisent et promeuvent le concept, moyennant la rétrocession d’une partie de leur chiffre d’affaires, le paiement de royalties et l’obligation de suivre des formations de plus en plus coûteuses. « Ces personnes qui s’affichent comme formateurs sont elles-mêmes concernées par le risque sectaire : elles subissent des exigences financières croissantes, sont en rupture avec leur environnement d’origine puisqu’elles consacrent tout leur temps à la diffusion du concept, et peuvent souffrir d’une atteinte à leur intégrité psychique ou physique », énumère l’expert. Autant de symptômes d’une pression sectaire. Pas de paranoïa pour autant : parmi les organismes de formation sujets à caution, tous ne relèvent pas d’un risque sectaire. Les griefs peuvent s’arrêter à un manque de professionnalisme ou à du charlatanisme.

« Le risque sectaire peut entraîner des risques de détournement d’informations stratégiques pour l’entreprise »

Le risque sectaire : l’affaire des RH mais pas seulement

Le rôle de l’entreprise est donc de rester vigilant sur les organismes de formation qu’elle référence. Un CV incomplet du formateur, un décalage entre l’historique de l’organisme et celui de son dirigeant, des changements de statuts… sont autant d’indices pouvant mettre la puce à l’oreille car révélateurs d’une volonté de rendre le fonctionnement opaque. Vérifier les références clients et surtout écouter les retours des salariés formés sont des pratiques à systématiser. Il faut en particulier être attentif aux formations dont les participants ne comprennent pas l’utilité ou remettent en cause le bien-fondé du concept de base. Il faut enfin rester vigilant aux changements de comportement radicaux des personnes formées.

« Le risque sectaire doit être pris en compte par les entreprises au même titre que les autres, au niveau de la DRH mais pas seulement, car il peut entraîner des risques de détournements d’informations stratégiques, sur l’entreprise ou ses salariés », souligne Henri-Pierre Debord. Quant aux associations et fédérations professionnelles, à la fois juges et parties, elles ne constituent pas encore une garantie suffisante : « elles mettent en place des codes de bonnes pratiques, ce qui est un progrès, mais on continue d’être alerté sur certains de leurs adhérents. » Cet œil extérieur, la Miviludes l’apporte à certaines entreprises qui la sollicitent pour un avis sur une liste de prestataires. « C’est un exercice difficile mais notre cumul d’expériences nous permet de mieux percevoir les lieux d’expression du risque sectaire. » Autant ne pas s’en priver.

http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/Miviludes_Rapport_2008.pdf

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